Amours solitaires, de Morgane Ortin

Amours solitaires - Morgane ORTIN
Il était une ou deux heures du matin, je n’avais pas sommeil et mon bouquin en cours était dans la voiture. Léger blues comme la nuit sait en faire naître, quand mes yeux se posent sur les « amours solitaires » de Morgane Ortin. Je connais bien le projet de l’auteure, que je suis depuis plusieurs mois sur Instagram, né de son besoin impérieux de conserver les mots doux qui dormaient, esseulés, dans son téléphone, voués à une disparition certaine. Le compte dédié, désormais suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes, donne aujourd’hui la parole à des amoureux anonymes dont les échanges participent ensemble à ce que Morgane Ortin appelle « la révolution de l’amour ».
Dans ce livre, ce sont 278 de ces contributions qu’elle a mis bout à bout pour composer une histoire d’amour singulière, bien que  semblable à toute autre.

 

Ils n’ont pas de prénom puisqu’ils en portent trop. Ou peut-être parce que la modernité ne s’encombre pas de cet artifice. Les lettres usaient de petits noms, de titres, d’apostrophes, mais pas les SMS, qui hèlent directement le destinataire de l’objet même qui les a fait naitre. On s’interpelle de propositions plus ou moins décentes :

IMG_4399[4010]

de questions plus ou moins cruciales :

IMG_4398[4008]

ou encore :

IMG_4401[4014]

On peut bien tout autant attaquer avec des silences, même, quand une mauvaise manipulation en décide ainsi. Tout est prétexte à se dire, à se confier ainsi que son attachement naissant.

IMG_4397[4006]

En effet ils n’ont pas de prénom, mais très vite on les connait, on les devine, à travers les musiques qu’ils partagent, à travers les citations qu’ils s’envoient : Flaubert, Nabokov, encore Nabokov. A travers leurs silences, leurs hésitations. A travers l’amour qui naîtra bientôt, cet amour passionnel qui les brûle comme une flamme qu’ils se renvoient l’un à l’autre dans un ballet hésitant, qu’ils se renvoient du bout des doigts et à armes inégales, différemment échaudés qu’ils furent par leurs précédentes relations.

Depuis l’échange des numéros un soir de janvier, à l’impérieuse nécessité du choix un an et demi plus tard,  c’est au destin d’un couple que l’on assiste émerveillés d’abord, affectés ensuite par son développement cruel et inévitable. Un destin en 9 chapitres comme autant d’étapes essentielles pour que deux âmes solitaires puissent se fondre en une sans s’abandonner en chemin.


J’ai dévoré avec passion les 284 pages qui racontent les étapes d’un amour dévorant. Comme c’est bon de lire ces mots habiles, fins, leur retenue parfois, leur exaltation a d’autres. C’est doux, c’est fort, c’est juste. Il se lit très vite, mais en faisant suffisamment durer les soupirs entre chaque page, vous devriez réussir à faire durer le plaisir juste suffisamment pour atteindre cet état de plénitude que l’on ressent après l’amour.

« Amours solitaires » de Morgane Ortin. Editions Albin Michel. 290 pages. Date de parution : 10/2018.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :