Littérature jeunesse

La première fois que j’ai été deux, de Bertrand Jullien-Nogarède

La première fois que j'ai été deux - Bertrand JULLIEN-NOGAREDE (2)

Karen a l’âge où la vie brûle le ventre et le désir consume la peau. Mais depuis l’ancien presbytère où elle réside avec sa mère, coincé dans une banlieue morose, c’est son cerveau qui s’embrase d’un feu nourri par les échecs des femmes qui l’entourent. De sa prof de maths fraîchement larguée à sa copine Mélanie qui multiplie les conquêtes amoureuses sans lendemain, en passant par sa mère qui paye à coups d’antidépresseurs la désinvolture de sa jeunesse, c’est peu de dire que Karen ne croit pas en l’amour. Tous ces destins brisés forment dans sa tête un immense brasier, d’autant plus vif que les milliers de pages recouvrant les murs de sa « maison-livre », lubie maternelle, l’alimentent – la littérature est un excellent combustible. Ce feu l’aveugle-t-il ? Au contraire il l’éclaire et forge en elle la conviction profonde que la seule issue est de se réaliser seule, socle essentiel à toute construction future.

L’arrivée d’un jeune anglais dans la vie de Karen va pourtant venir bousculer ses certitudes. Il serait si tentant de s’abandonner à cette chaleur soudaine qui ne demande qu’à s’installer durablement au creux de ses entrailles. Pas dans sa tête, non, il s’agit là de son cœur, sensation inédite. Qui a connu les vertiges d’un amour fou la supplierait de céder à l’appel impérieux des sentiments, de s’oublier un peu dans ce bonheur tout neuf. Mais Karen s’est fait trop de promesses qu’elle ne peut trahir. L’amour peut-être, mais ne pas se perdre, ne pas s’oublier en chemin.

– Ce soir nous n’avons fait qu’un.

– Pour ma part, c’était plutôt la première fois que j’ai été deux.

♥♥

Quel joli roman ! Le personnage de Karen, abîmée par sa naissance et qui cherche à se réparer auprès du Dr Dreuf alors que son destin est déjà résolument balisé par son obstination à vivre (un sacré acte de résistance / résilience pour elle qui n’a pas été désirée !), est diablement attachant. La musique, la littérature, Londres, sont des personnages à part entière et insufflent à l’histoire de cet amour contrarié un rythme palpable et délicieux. La pirouette finale, inattendue bien que tout l’annonçait, est savoureuse. Vite la suite !

 


 

« La première fois que j’ai été deux » de Bertrand Jullien-Nogarède. Editions Flammarion jeunesse. 392 pages. Date de parution : 06/2018.

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